À Aix-en-Provence, le Passage des entrepreneuses accompagne les femmes en levant les freins financiers et psychologiques qui entravent encore leur accès à l’entrepreneuriat.
Le Passage des entrepreneuses, situé à Aix-en-Provence, est une association qui accompagne les cheffes d’entreprises de demain.
« Tout part de l’étude Egaé qui fait un constat simple mais révoltant », confie Sara Delthil, la responsable du Passage des entrepreneuses et conseillère Adie. En 2022, l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) commande une étude au groupe Egaé pour comprendre les freins spécifiques de l’entrepreneuriat au féminin. Isolement, sentiment d’illégitimité, difficulté d’accès aux locaux, déséquilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, manque de soutien de l’entourage…
« C’était marquant de voir ces chiffres inscrits sur le papier », livre la responsable de l’association. Mais le frein numéro 1 reste l’accès au financement : « Peu de femmes font des levées de fonds ou se sentent prises au sérieux. Les banques ne suivent pas forcément, soit parce que le métier leur paraît fragile, soit parce qu’il y a des reconversions, des accidents de vie… ».
Réparer un déséquilibre
« On observe qu’il y a un ensemble de personnes qu’on n’aide pas de la façon dont il faudrait », ajoute Sara Delthil. Partant de ce constat, l’Adie décide de créer un espace collaboratif dédié aux femmes, afin qu’elles puissent créer et développer leur projet entrepreneurial. Incubé en 2023, inauguré en novembre 2024, le Passage des entrepreneuses a ouvert ses portes fin 2024-début 2025. L’association décolle mi-2025, passant de 6 à 50 membres. Elle compte désormais 25 adhérentes et 25 résidentes, ainsi qu’une dizaine de bénévoles.
Son maître-mot : l’accompagnement. L’association étudie les dossiers, les projets, les visions et renforce « les compétences pratico-pratiques et les soft skills ». « Quand on se rend compte que 10 ou 20 personnes autour d’une table, avec des parcours différents, partagent les mêmes problématiques, on s’aperçoit qu’il y a un côté systémique. C’est factuel », regrette la responsable. Les femmes arrivent avec la peur du crédit et n’osent l’envisager. Mais l’association encourage à le « voir comme un investissement et non une dépense ».
Construire dans cadre sécurisant
L’association pose un cadre mais ce sont les entrepreneuses qui le font vivre. Une véritable dynamique de collaboration et d’écosystème se met ainsi en place : « C’est un endroit où l’on partage ses galères et ses victoires », raconte Sara Delthil, qui insiste ensuite sur l’importance d’avoir le retour de ses pairs, point essentiel pour instaurer la confiance. Elle applaudit l’intelligence collective et prend l’exemple de temps d’échanges où les membres se rejoignent, choisissent une de leurs problématiques et réfléchissent à des conseils et solutions.
L’association n’existe qu’à Aix-en-Provence. Mais l’Adie travaille sur un kit de déploiement. « Je rêverais qu’il y ait des Passages des entrepreneuses partout où il y a des agences et des gens intéressés. Qu’on puisse même former une équipe car cela lèverait les freins à l’entrepreneuriat au féminin ».
Sara Delthil termine en soulignant l’importance sémantique du mot « entrepreneuse », pour ne pas invisibiliser les femmes. « Et puis entrepreneuse, ça rime avec heureuse ! »
Marie-Lou Stirpe