Rencontre avec Julien Villevieille, référent racisme et antisémitisme à Aix-Marseille Université. Chef de cabinet de la présidence de l’université jusqu’en septembre 2025, il se confie sur son expérience, au cœur des dispositifs de signalements des discriminations.

 

En quoi consiste votre mission ?

« En tant que référent formé aux questions de discriminations sur les campus, je suis chargé de mettre en lien les victimes avec les services du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, les personnels de l’université et les associations. Quatre personnes spécialisées dans la lutte contre les discriminations travaillent à temps plein pour recueillir les témoignages et instruire les dossiers. Nous sommes rattachés à la Vice-Présidence à l’Égalité Femmes-Hommes et à la Lutte contre les Discriminations, pour travailler ensemble sur ces processus psychiques de rejet de l’autre. »

 

Quels sont les comportements discriminatoires les plus fréquemment signalés ?

« Le sexisme et les agressions sexuelles : ils représentent 82% des 247 cas rapportés en 2024. De manière assez étonnante, le racisme et l’antisémitisme sont moins notifiés : il y a un très grand décalage entre les faits et les signalements sur ces sujets. Je pense que ça vient d’une méconnaissance des dispositifs qui existent, et d’une volonté de régler ces problèmes en direct. On l’a vu malheureusement sur WhatsApp l’année dernière, avec des étudiants qui s’invectivent mutuellement, sans recourir à la justice et à l’autorité administrative. »

 

Pour vous, les politiques nationales et universitaires sont-elles suffisantes ?

« J’ai envie de dire que si c’était suffisant, il n’y aurait pas d’antisémitisme. En début de carrière, j’étais professeur des écoles donc, pour moi, beaucoup de choses passent par l’éducation et par la sensibilisation dès le plus jeune âge. Le climat social et la situation économique dans le pays n’arrangent rien, car on sait très bien que quand l’économie va mal, il faut un bouc émissaire. Ce que je trouve assez terrible aujourd’hui, c’est cette capacité qu’on a à segmenter les buts : les gens luttent par rapport à tel type de discrimination, mais pas tel autre, si ça ne les intéresse pas. »

 

Quel message aimeriez-vous adresser aux étudiants ?

« Je suis là pour eux. Même si je ne suis pas référent à temps plein, je suis en lien avec tous les services de l’université et les associations. Ce sont elles, et plus particulièrement la Ligue Internationale contre le racisme et l’antisémitisme et SOS Racisme, avec qui nous avons des partenariats, qui relaient le plus les signalements. Je connais bien le président Eric Berton : la lutte qu’il mène contre le racisme et l’antisémitisme est très importante pour lui. Ça ne sert pas à rien de se battre contre ces inégalités au contraire, c’est essentiel. »

 

Pourquoi avoir accepté cette mission ?

« Déjà, j’ai une sensibilité à cette question. J’ai toujours été quelqu’un d’engagé, je suis un homme de conviction, et ces discriminations sont tout simplement insupportables. Lorsqu’on a reçu le président de SOS Racisme, le témoignage d’un étudiant m’a glacé : très régulièrement, les gens tiennent des propos qui n’ont pas pour but de discriminer les personnes de couleur, ils ne pensent pas à mal, mais ils transmettent des idées reçues, qui renforcent le sentiment de différence. C’était très émouvant. Avant toute chose, il ne faut pas oublier que nous sommes tous des hommes et des femmes avec des différences, et que ces discours n’ont pas lieu d’être. »

Irène Gajac