Né en 2021, le collectif Illuminate to Engage fait suite à un concours organisé par l’Ambassade des Etats-Unis. A l’Université d’Aix Marseille ce collectif composé d’une vingtaine d’étudiants en Master Droit du numérique lutte, depuis sa création, contre les discriminations en ligne. Ce nom a été imaginé par deux élèves : « Illuminate » incarne le volet éducatif et sensibilisation et « to engage » souligne la volonté de passer réellement à l’action.

Initialement conçu comme une campagne de sensibilisation contre la haine en ligne, le projet a pris une autre dimension l’an dernier. Grâce à son partenariat avec la LICRA, une cellule de signalement de contenu a été mise en place. Le but : dénoncer et supprimer les contenus illégaux. L’expertise des étudiants en droit du numérique notamment sur le règlement européen sur les services numériques (DSA) constitue un réel atout. Leurs connaissances leur permettent de réaliser un signalement efficace en adéquation avec la réglementation en vigueur.

Concrètement, les membres du collectif effectuent une recherche par hashtag sur les réseaux sociaux. Une fois  identifiés, les propos racistes, antisémites et discriminatoires sont signalés aux plateformes et  un suivi strict de la procédure est assuré. Généralement chaque contenu est supprimé par les plateformes sous un délai de 24 à 48 heures. A ce jour, plus de 3 900 contenus ont ainsi été modérés grâce à leur action.

Remise du  Prix Ilan Halimi 2026

Pour Philippe Mouron, la cellule de signalement a été déterminante. Vendredi 13 février, le collectif étudiant a été primé lors de la cérémonie du Prix Ilan Halimi, organisée à l’Hôtel de Matignon par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti‑LGBT (DILCRAH). Les étudiants ont défendu leur projet par un discours, à Matignon, en particulier devant le Premier ministre Sébastien Lecornu. Leur prise de parole a été introduite par la lecture d’un contenu haineux signalé qui avait particulièrement choqué les étudiants, rapporte Emma Darragi, étudiante en master 2 Droit du numérique.

Créé en 2018, le Prix Ilan Halimi récompense chaque année des projets portés par des jeunes de moins de 25 ans engagés contre le racisme et l’antisémitisme. Pour les étudiants, cette remise de prix a fait naître « beaucoup de fierté car c’est une noble cause mais aussi parce que c’est la consécration de beaucoup d’efforts » confie Emma.

« Au bout d’un moment on est anesthésié à force de signaler en masse »

Pour ces futurs juristes, cette mission implique une prise de conscience brutale de l’omniprésence de la haine en ligne. Certains confient avoir été marqués par la violence extrême de certains contenus. « On sait que la haine en ligne existe, témoigne Emma, mais on la voit uniquement sur les sujets qui nous concerne ». Pas de quoi les démotiver pour autant : beaucoup continuent de signaler ces dérives même après la fin du projet. Selon le directeur de l’association Philippe Mouron, « il revient à tout un chacun d’agir pour signaler les contenus en ligne ». Une conviction qui dépasse désormais le cadre universitaire.

À terme, l’idée est d’étendre l’initiative en développant des cellules homonymes dans d’autres facultés, en France comme à l’étranger.

Mathilde Chassang et Emma Trevin